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Pourquoi le Battle Royal a-t-il tué Fortnite ?

Le Battle Royal a-t-il tué Fortnite ? Cette question peu paraître étrange voire complètement absurde tant l’ajout de ce mode a permis  au titre d’exploser. Pourtant avant d’être un clone de PUBG, le jeu d’Epic Games était une création originale dotée de réelles qualités. Malheureusement, ces dernières ont été sacrifiées sur l’autel de l’effet de mode: explications.

Le Battle Royal

Le succès fracassant de Player Unknown Battlegrounds a éveillé chez les joueurs un amour inconditionnel pour le Battle Royal. Un tel succès n’a pas laissé insensible les différents acteurs du marché. Beaucoup ont voulu s’accaparer leur part du gâteau. Très vite, de nombreux studios ont  intégré à leur création un mode similaire à celui popularisé par un jeu que les fans surnomment PUBG. Dès lors le Battle Royal a fleuri un peu partout. Parmi les pionniers de cette folle réappropriation du genre, un s’est vite démarqué : Fortnite. Sa gratuité totale ainsi que son univers cartoonesque lui ont permis de drainer rapidement une foule de joueurs. Hélas l’ajout d’un tel mode et le succès qui en a découlé a eu un effet négatif sur le titre en lui-même. L’inclusion du Battle Royal a complètement éclipsé le concept original du jeu. Le titre s’est totalement travesti reniant ce qu’il était pour coller à un effet de mode.

Fortnite n’est pas un Battle Royal

Qu’est-ce qu’un jeu vidéo ? Un jeu vidéo est une œuvre ludique qui se caractérise par son univers, son gameplay et son propos. Tous ces éléments constituent ce que l’on pourrait appeler “l’essence du jeu”. C’est grâce à l’originalité et l’unicité de chacune de ces composantes qu’une production parvient à se démarquer, à imposer son identité propre et à séduire le joueur. Or Fortnite s’est fourvoyé ! Il a renié son concept originel ne préservant de son essence que son esthétique cartoonesque et quelques éléments liés à la construction adaptés aux codes du Battle Royal.

Car originellement, le jeu d’Epic Games disposait d’une réelle originalité, d’une âme propre. Il proposait aux joueurs un mix aussi fun que loufoque entre jeu de construction à la Minecraft et jeu de survie contre des zombies. À sa sortie, il demande  aux joueurs d’unifier leurs forces en multijoueur pour combattre les morts-vivants et défendre un objectif. Les règles sont simples : quatre participants sont lâchés sur une carte dans laquelle se trouve un objet (souvent un fourgon) qu’ils doivent protéger. Pour réussir leur mission, les coéquipiers doivent collaborer pour bâtir un fort autour dudit objectif. Débute alors une espèce de cadavre exquis architectural pendant lequel les joueurs improvisent des fortifications, complétant un peu au hasard les ébauches de leurs collègues. Chacun apporte sa pierre à l’édifice sans toujours connaître le plan de ses coéquipiers. Ainsi, les murs se superposent, les pièges s’accumulent sans véritable concertation. 

Cette improvisation naissance à des barricades très étranges, mais tellement fun! Une fois les structures construites des phases de combats s’amorcent. Le jeu stimule notre créativité lors des phases de construction et réveille notre âme de guerrier. Sachant que même pendant un combat, il est possible de construire des murs. Le concept était fun unique, original. Tout n’était pas parfait certes, mais au moins on sortait des sentiers battus. Les développeurs nous offraient un peu de fraîcheur ! 

La mort de l’originalité 

De tout cela il ne reste rien ou presque. Le contenu permettant cette expérience est bel et bien toujours présent dans le jeu mais les serveurs ne brillent pas par leur fréquentation. Le Battle Royal vampirise la communauté. L’éditeur à d’ailleurs cessé de communiquer sur le concept de base du jeu et se concentre désormais sur la promotion d’un mode Battle Royal fructueux mais finalement insipide, quelconque en terme de créativité. Tous les sports mettant en avant le jeu se concentrent sur ce mode occultant l’idée de base. Toute l’attention des développeurs est également accaparée par cet aspect du jeu. 

Embarqués dans une course folle, ils ne pensent qu’a une chose : rester compétitif face à PUBG.

La preuve en est que, quelques semaines après l’arrivée d’une nouvelle carte et de nouveaux éléments sur le célèbre jeu, Fortnite avait suivi le mouvement s’enrichissant également d’une nouvelle map et de nouveaux contenus. Ajouts, corrections et développement créatifs sont désormais centrés majoritairement sur le Battle Royal. En vérité, certains joueurs n’ont même pas connaissance de ce qu’était le jeu originel, ils ne le connaissent que sous sa forme nouvelle. Fortnite n’est plus que l’ombre de lui-même, il a perdu son identité pour se conformer à une vision industrielle du média. Une vision qui vise à privilégier le résultat à la créativité. D’engranger du bénéfice coûte que coûte. Il est le témoin d’un symptôme du jeu vidéo, il est révélateur d’une tendance du média qui tend à uniformiser toute la production autour de phénomènes qui font l’actu pour plus de profit. On ne prend plus de risques, on n’innove plus, on suit des effets de mode. Cela renvoi une mauvaise image du jeu vidéo. Après le monde ouvert, c’est au Battle Royal d’être au centre des préoccupations. Quelle sera la suite ? Quel sera le genre phare autour duquel se bâtiront toutes les expériences à venir ? Le mystère reste entier, mais une chose est sur, nos créateurs et producteurs manquent d’audace !

Une attraction ludique

Alors que certains se battent pour que le média soit considéré sérieusement, pour qu’on lui accorde son statut d’art, d’autres comme Fortnite contribuent à entériner son image de vulgaire divertissement, de simple contenu industriel destiné à engranger du billet vert. Ce genre de pratique montre bien que notre monde de pixel manque de maturité et que, malgré tout, nous restons globalement des consommateurs de base soumis aux ballottements des effets de mode. Cette “affaire” nous prouve peut-être qu’après tout nous ne disposons peut-être pas encore de la maturité nécessaire à être pris au sérieux en tant qu’art ou même en tant qu’industrie créative intelligente capable d’offrir plus qu’une simple distraction passagère. Ce genre de chose ramène le média à un simple statut de curiosité technologique guère plus considérable qu’un parc d’attractions. On fait des tours de manège, on se procure des émotions fortes et ça nous suffit. Nous sommes sur un véritable carrousel ludique : nous tournons en rond. Et pour que cela change, il va falloir une réelle évolution des mentalités que ce soit au niveau des créatifs, ds producteurs ou du public. Sinon  nous sommes condamnés à la stagnation.

Paul Dimajo
Rédigé par
Fan inconditionnel de jeux vidéo et d'écriture, j'ai décidé d'allier mes deux passions en devenant rédacteur. Ah oui et j'affirme que le jeu vidéo est un art !

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